painting 

02/10/2017

Encre acrylique 70x100cm

Encre acrylique 70x100cm

.



Les Nageuses de Wolflake 2014 

PRESENTATION GENERAL

Une stratification lumineuse

Le travail plastique de Karine Detcheverry s'inscrit dans une approche actuelle liée à l'utilisation de techniques mixtes. Dans sa série intitulée Les nageuses elle met en scène des corps qui apparaissent comme baignés d'une lumière surnaturelle. Cette blancheur irréelle de l'eau nimbe des femmes s'adonnant à la danse synchronisée dans les eaux froides du Wolflake au Canada.

De nombreuses références structurent sa démarche. D'une part la peinture impressionniste et ses flous liés à la vision subjective du monde. On songe aux Danseuses de Degas dans un premier temps mais aussi à une œuvre de Pierre Bonnard, Le Ballet, réalisée vers 1896 sur un carton de taille modeste. Le mouvement des formes, la scène de danse de groupe vue d'en haut, le rythme de la composition concourent à asseoir une parenté formelle avec Les nageuses. La peinture japonaise traditionnelle semble également présenter une proximité avec la composition de certains plans et la dimension méditative de certaines pièces.

Les formes estompées des nageuses apparaissent comme des présences fantomatiques qui tentent quelque traversée aventureuse de la blancheur laiteuse. Karine Detcheverry opère par stratifications. Partant d'un cliché donné, elle focalise sur un ou plusieurs éléments, multipliant les présences ou complexifiant les scènes. Les couches se superposent pour arriver à une globalité nouvelle qui transforme radicalement l'image initiale. L'intervention de l'artiste doit néanmoins conserver une part de mystère afin de préserver toute la puissance poétique de l'œuvre.


Optant pour un format assez grand, les œuvres occupent l'espace de façon réflexive et laissent le regard s'interroger sur la perception dynamique du sujet. Les nageuses semblent parfois posées sur l'eau, parfois elles apparaissent comme des points noirs émergeant de l'espace blanc. Elles se présentent le plus souvent en groupe et plus rarement isolées. Sommes-nous dans une approche figurative ou non ? Le débat fort dépassé entre abstraction et figuration se pose néanmoins de façon inconsciente. Il marque la perception générale de chaque œuvre qui joue constamment avec une dichotomie : présence et absence, blanc et noir, fond et forme, réalité et rêve, profondeur et surface, etc. Ainsi se crée une permanente interrogation qui semble renvoyer en apparence à des codes classiques de la peinture occidentale tout en s'inscrivant dans une recherche très contemporaine.

Christian Skimao



Les nageuses de Wolflake exposition Agnes b


Impact sur Paysage 2015


Karine Detcheverry s'est promenée sur le littoral méditerranéen et en garde un souve- nir très surprenant. Les lieux qu'elle a vus : Sète, l'étang de Thau, nous croyions bien les connaître. Et pourtant, elle nous les fait redécouvrir avec ses yeux de canadienne. Ses pho- tographies-peintures déstabilisent notre mémoire, elles mettent en mouvement nos images mentales en les déconstruisant. Elles donnent à ces lieux familiers une dimension onirique et poétique qui déplace les lignes d'horizons. Ce qui était stable : la côte, les édi ces sont en mouvement de bas en haut, de haut en bas. Karine opère un véritable décentrement du monde.

Pour Karine, lle de pêcheur, les paysages ont toujours tangué. Il a fallu trouver dans le chaos de ce mouvement perpétuel des repères xes, une lumière qui dramatise la na- ture pour en saisir sa beauté, sa fragilité. Les paysages qu'elle met en scène ottent, ils sont sans gravité. Les photographies-peintures de Karine montrent comment la nature est impactée par l'homme. Et pour cela elle renverse le rapport de forces : sur ses toiles ce sont les constructions humaines qui se défont, se décomposent. L'eau des parcs à huitres est comme xée, épinglée, par les pieux en bois, traits noirs qui s'enfoncent de haut en bas, le ciel est pénétré de bas en haut par les édi ces. Horizontalité et vertica- lité s'affrontent dans les paysages et troublent notre regard en déplaçant nos repères.

Quand on voit les photographies-peintures de Karine, on pense aux photographies de Mario Giacomelli, à ses paysages en noir et blanc. L'artiste italien semble travailler sur fond noir, sur le tableau noir des écoles. Il a fait une belle série avec des prêtres qui dansent sous la neige qui tombe. En fait, il faudrait dire que c'est la neige qui danse autour des soutanes noires. Chez Karine, le fond est blanc (la neige du Canada) chaque élément est une tache noire, un trait noir dans ou sur les blancheurs laiteuses du monde. Chez elle, ce sont les traits noirs, les stries d'encre qui font vibrer les blancs. L'image des parcs à huitres apparaît et ré- apparait à de nombreuses reprises avec ses pieux en bois, traits noirs, qui sortent de la blan- cheur de l'eau. Pour Karine, comme chez Soulages, l'intensité lumineuse vient du noir. Le noir n'est pas obscurité mais lumière. Dans ses paysages urbains les fenêtres qui éclairent les fa- çades sont des taches noires. En regardant l'ensemble de ses photographies-peintures on se rend compte que les noirs prennent de plus en plus d'importance, de surface, de profondeur. Ils viennent ouvrir l'espace, le rythmer. Ils propagent, décomposent et démultiplient l'image.

Joan Fontcuberta écrit : « La production artistique contemporaine rend souvent compte de la strati cation des empreintes, et de leur traduction en références variées à la mémoire. » C'est dans cette mouvance que s'inscrit le travail de Karine. En effet, ses photographies-pein- tures sont non seulement la mise en scène de la présence du monde, de sa présence au monde mais aussi, un jeu d'images qui sont autant de superpositions de la mémoire visuelle. Toute image est palimpseste, superpositions de couches d'images, de couches de mémoire. Par son travail de retouches de peintures et d'encres, Karine montre, découvre la vérité de nos images mentales qui ne sont jamais simples, uniques mais complexes, multiples. Chaque vi- sion du monde est un composé, une composition d'une multiplicité de visions. Il ne s'agit pas pour elle de jouer avec l'image mais de la faire jouer pour dévoiler ses strates, son feuilleté. Sa vision des immeubles de La Grande Motte est la métaphore de notre activité psychique ! Toutefois, ces immeubles qui se démultiplient dans un jeu de miroir déformant ne sont pas l'effet d'une accélération de la vision mais, au contraire, ils sont le résultat d'un ralentis- sement à l'extrême qui déplie et déploie les différentes strates de notre mémoire visuelle.

La gazette Karine Detcheverry dans les brumes de Thau